La 6 ème édition du Printemps de l’Art déco

par | Avr 29, 2022 | Événements, Expositions, France

La 6 ème édition du Printemps de l’Art déco, dans la lignée du mouvement artistique de l’Art Nouveau évoqué récemment, nous emmène dans l’Aisne pour découvrir un patrimoine varié à St-Quentin et à Chauny. Les années 1920-1930 sont à l’honneur depuis le 1 er Avril et jusqu’au 29 Mai prochain.

St-Quentin vue du ciel © Sylvain Prémont

La Genèse

En France l’Art nouveau a eu son heure de gloire entre 1890 et 1910 après l’horreur de la première guerre mondiale. Les années 20 vont être tempétueuses et connaître un formidable essor industriel notamment dans le cinéma, l’univers de la radio et des disques avec l’apparition des 78 tours. L’heure est également aux voyages en bateau et en automobile. Le monde rivalise désormais avec la vitesse. En 1927 Lindberg traverse l’Atlantique avec le Spirit of St Louis. La Transat ose la modernité pour le paquebot le Normandie.

Mosaïque de la poste © OT St Quentin

L’architecture va quitter ses formes courbes et ses motifs floraux pour s’orienter vers une géométrisation à des fins purement décoratives.Trois notions en sont l’emblème: ordre, couleur et géométrie. L’Art déco utilise des oppositions de couleur et des contrastes tels que le noir et l’or. Un des pionniers dans l’utilisation des matériaux précieux fut le tabletier Clément Mère qui teintait l’ivoire et parfois le dorait. L’ouverture de l’Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels à Paris en 1925 constituera la consécration des lignes simples et épurées de l’Art déco. La tendance revient à des lignes plus géométriques et épurées ; la ligne droite et les angles s’affirment dans le mobilier et les façades, à travers les bow-windows, les motifs de brique ou de béton ; les ouvertures sont encadrées par des pilastres et surmontées par des frontons géométriques.

Dans la région Hauts-de-France les villes du nord ont été très abimées et bombardées. De grands projets d’urbanisme sont mis en route et des architectes tels que Leprince-Ringuet à Cambrai et Louis Guindez à St-Quentin vont édifier bon nombre de bâtiments publics. La ville de St-Quentin compte parmi les hauts lieux du patrimoine de la première reconstruction post guerre.

 

L’Art déco à St-Quentin, un musée à ciel ouvert

St-Quentin appartient au réseau national des Villes et Pays d’art et d’histoire. La ville compte parmi les hauts lieux du patrimoine de la première reconstruction post guerre et s’engage dans une politique stratégique de valorisation et de rayonnement de son patrimoine Art déco. À l’heure où les Années folles mirent au premier plan l’art cinématographique du muet, puis du parlant, l’épopée populaire du 7 ème art voit la naissance du cinéma-dancing-bar Le Casino, ancienne briqueterie, conçu par l’architecte Adolphe Grisel.
Abandonné en 2006, il est racheté par la Ville en 2012 et aujourd’hui encore son enseigne se détache en lettres rouge sang.

Le Casino © Dayan Briche

La gare de St-Quentin

Tout le quartier de la gare est une ancienne zone de marais où a été jeté le corps de St-Quentin selon la légende. Il a été dessiné par l’architecte Paul Bigot, Grand prix de Rome tout comme le monument aux morts représenté. La gare a été épargnée en 1915/1916 et par les tirs des alliés en 1918/1919.On trouve tout autour une zone humide l’étang d’Isle de 100 hectares et demi avec 47 hectares demi de réserve naturelle nationale classée et une cinquantaine d’ hectares de parc de loisirs. Le grand pont art déco avec ses deux tours lanternes à chevrons a également été imaginé par Paul Bigot.

Le buffet de la gare

Le transport ferroviaire donnera un nouvel essor à la ville dès 1850. Il ne faudra plus que 2heures 50 pour relier la capitale à St-Quentin. La ligne Creil-St Quentin va se prolonger très rapidement jusqu’à la Belgique, puis l’Allemagne. Le «  débarcadère » constituera la première gare ferroviaire et sera construite par Alfred Armand entre 1805 et 1888. Des travaux d’aménagement pour la création d’un buffet-hôtel de la gare seront entrepris et le lieu ouvrira ses portes en 1887 comportant une trentaine de chambres. Un grand incendie dévastera la gare le 13 Janvier 1922 . Les chemins de fer du Nord confieront la reconstruction de la gare à l’architecte de la Compagnie, Gustave Umbdenstock et à Urbain Cassan. La gare va rompre avec la tradition architecturale régionaliste. Umbdenstock et Urbain Cassin auront une vision moderniste inspirée par la personnalité de l’architecte et ami Paul Bigot.
Le buffet de la gare sera doté de grandes baies vitrées donnant sur les quais. C’est en quelque sorte la signature d’Urbain Cassan car l’éclairage naturelles pour lui une priorité dans ses projets architecturaux. La façade sur le quai est pourvue d’une marquise en béton, matériau innovant pour l’époque.L’entrée du buffet-hôtel sur le parvis de la gare était encadrée de 2 enseignes. On peut toujours voir celle qui indique «  buffet » entourée d’un joli travail de ferronnerie.

Un décor de mosaïques remarquable

Ce sera Auguste Labouret qui sera en charge des décors intérieurs de la gare de St-Quentin.Il réalisera l’ensemble des mosaïques, vitraux, appliques et plafonniers.Les murs sont encore couverts avec des mosaïques en pâte de verre grise et des desselles de verre doré.
Le comptoir du buffet est en béton armé et revêtu de mosaïques en grès cérame de deux teintes de gris, des opalines rouges et noires, des émaux de Venise dorés et des pâtes de verre grises.
On pense que les mosaïques du comptoir et des dessertes ont été inspirées par celles réalisées en 1924 pour la brasserie parisienne La Lorraine.
Les verrières sont constituées de vitraux d’Auguste Labouret. Le maître verrier utilisera une vingtaine de types de verres industriels. On retrouvera un traitement stylistique de fleurs assez identique aux vitraux des escaliers de l’hôtel Lutétia à Paris qu’il a également réalisé.
Le buffet est inscrit au titre des Monuments Historiques en Septembre 2003 tout comme les façades et les toitures de la gare.La Ville de St- Quentin a entrepris la restauration de ce joyau de l’Art déco fiancée par la Ville, l’Etat, la Régions des Hauts-de-France et le Conseil Départemental de l’Aisne.Les travaux auront duré un an, de 2016 à 2017.

Buffet de la gare © F.Pillet

Détail du buffet de la gare © K.HIBBS

Le mobilier et le travail de ferronnerie

Le mobilier en bois dessiné par Urbain Cassan se composait de meubles de bar, de 2 dessertes pour la vaisselle encastrées dans un châssis en béton et mosaïques.
Les rampes en fer forgé des escaliers de l’hôtel ont été dessinés par Urbain Cassan et réalisées par l’atelier Schwartz-Hautmont. Les motifs sont faits de volutes, spirales qui sont très présents dans le design Art déco.

Le Palais de l’Art déco: les anciens grands magasins des Nouvelles Galeries

Durant la Grande Guerre le bâtiment des Nouvelles Galeries fut détruit puis reconstruit dans le style Art Déco sous la houlette de l’architecte parisien Sylvère Laville. Le magasin ouvrira ses portes en 1927, soit deux après l’Exposition Internationale des Art Décoratifs et Industriels Modernes (1925) de Paris. Actuellement le bâtiment accueille des expositions temporaires de grande qualité.
Les anciens établissements des Nouvelles Galeries ont conservé leur structure en béton et leur décor en stuc peint de style néo-égyptien ainsi que leurs garde-corps et rampes d’escaliers en fer forgé aux motifs de volutes et de paniers stylisés.Ce bâtiment constitue l’un des plus beaux Palais du patrimoine Art Déco français.

Intérieur Palais de l’Art déco © K.Hibbs

La salle du Conseil municipal de l’hôtel de ville de St-Quentin

St-Quentin possède un hôtel de ville dont la façade est de style gothique flamboyant. Sa salle du Conseil municipal constitue l’un des plus beaux écrins intérieurs de l’Art Déco saint-quentinois. On doit cette magnifique réalisation à l’architecte municipal Louis Guindez dont le projet sera lancé dès octobre 1924.
Les lampes de bureau des conseillers municipaux illustrent parfaitement la stylisation et la géométrisation des formes végétales développées par l’Art Déco. Loin du luxe du mobilier des grands ensembliers du moment tel que Ruhlman, celui de la salle du Conseil municipal se distingue par la qualité de ses bois, la pureté de ses lignes et la quasi absence de décor porté. On portera une attention toute particulière à la très belle Marianne sculptée sur fond de boiseries de cette salle.

Salle du Conseil municipal -Mairie de St-Quentin © Agence Aisne Tourisme

Le style moderniste du Conservatoire de musique et de théâtre

Situé rue de l’Isle, le conservatoire était initialement situé rue Raspail où il fut détruit durant la Grande Guerre. Sa reconstruction fut confiée aux architectes Jean-Bernard-Charavel, Marcel Mélendès et Robert Enault.
On appréciera l’initiative pré-moderniste qui ponctue la façade d’originales bow-windows, intégrée dans un ensemble d’architecture d’influence flamande.Paroi de briques rouges, lucarnes-pignons accompagnent cette architecture audacieuse pour son époque.

Conservatoire de musique & de théâtre St-Quentin © K.Hibbs

Chauny fait partie du parcours Art déco

Située à 31 kilomètres au sud de St-Quentin. Chauny possède également un patrimoine d’architecture Art déco. Ville très active avec une population bourgeoise et de nombreux commerces, elle fut occupée entre Août 1914 et Mars 1917 par l’armée allemande. En 1916 la bataille de la Somme a décimé cette armée et les allemands avant de quitté les lieux ont dynamité et bombardé la ville. Seuls les quartiers à l’ouest de la ville ont été préservés.
En 1919 la loi Cornudet est votée et oblige oblige les villes françaises de 10 000 habitants et plus à se doter d’un Plan d’Aménagement, d’Embellissement et d’Extension (PAEE) intégrant des servitudes hygiénistes, archéologiques et esthétiques. La loi Cornudet amorce un siècle de réglementation urbaine et architecturale. Un concours d’architecture est lancé et sera remporté par l’architecte Louis Rey. Il réalisera l’école des filles devenue médiathèque, l’hôpital et la banque Scalbert-Dupont à Chauny. Louis Rey sera véritablement le maître d’oeuvre de la reconstruction de la ville.

Escaliers de la Mairie de Chauny © K.Hibbs

Charles Luciani , architecte parisien d’origine corse construira la mairie de Chauny, la Maison des Associations ainsi que l’église Notre- Dame.
Une visite de la salle des mariages située dans la mairie vaut le détour pour son style Art déco: plafond à caissons, lustres de style Ruhlman en perles de verre , mosaïques au sol. L’ensemble de ferronneries est d’Edouard Brandt et les vitraux de Louis Barillet . «Garder les traces du passé et se tourner vers l’avenir» a été le credo de la mairie.

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Renseignements pratiques

Parcours Printemps de l’Art déco
www.printempsartdeco.fr
Du 1 er Avril au 29 Mai 2022

Brunch au Buffet de la gare de St-Quentin:
Adeptes des dimanches matin tranquilles, venez profiter d’un réveil gourmand lors d’un brunch au Buffet de la gare. Un petit-déjeuner de standing vous est proposé par la section hôtelière du Lycée des métiers Colard-Noël. Dimanche 8 mai à 11h et dimanche 22 mai à 11h Rendez-vous : devant le Buffet de la gare
Tarifs : TP 10€, TR 6€ (- 18ans)

Musée des Beaux-Arts Antoine Lécuyer
28 Rue Antoine Lécuyer, 02100 Saint-Quentin
Exposition Alfred-Auguste Janniot (1889-1969), un génie de l’Art déco
Le Musée des Beaux-Arts Antoine Lécuyer accueille des œuvres préparatoires et des photographies retraçant le travail de ce grand sculpteur de l’ère Art déco. De Saint-Quentin à New-York, il a laissé sa trace sur des bâtiments emblématiques tels que le Rockefeller Center ou les paquebots Ile-de-France et Normandie.
Du 1er avril au 18 septembre 2022

À visiter également:
La Maison de Marie-Jeanne à Alaincourt
Musée des objets du quotidien
www.la-maison-de-marie-jeanne.fr

En Mai 2023 à Chauny:
Exposition itinérante  Les Grands noms de l’Art déco .
À travers une collection de 26 panneaux, circulant de ville en ville, cette exposition met en lumière les décorateurs, mosaïstes, maîtres-verriers et architectes qui ont participé à la richesse du mouvement Art déco.

Remerciements à Lise Pollet et Marjorie Richard

Frise de l’ancien cinéma Le Carillon © Luc Couvée

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