À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye

par | Nov 7, 2021 | Expositions, Portraits | 0 commentaires

 

En remontant dans le nord-ouest de la région Bourgogne Franche comté , dans le département de l’Yonne, nous sommes partis à la rencontre de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Cette petite ville de 800 habitants a gardé la trace de l’écrivaine bourguignonne qui y vécut les 18 premières années de sa vie. Sa maison, ouverte au public, est un véritable livre ouvert sur sa vie et son oeuvre et deviendra un personnage à part entière dans les écrits de  Colette. Le Musée, abrité au sein du château de St Sauveur depuis 1995, vient également ponctuer à travers une muséographie très créative, les moments clés de l’oeuvre de l’autrice.

 

 

À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/Portrait de Colette ,enfant ©Musée Colette

Portrait de Colette ,enfant ©Musée Colette

 

 

Tout commence avec Sido

 

L’histoire de Colette née en 1873 est liée de façon très fusionnelle à celle de sa mère Sido. Cette dernière naît à Paris et perd sa mère très jeune. Elle sera confiée à une nourrice à Mézilles à quelques kilomètres de La Puisaye en Bourgogne. Son père, Henri Landoy est un escroc fuyant perpétuellement ses créanciers. Il s’exilera en Belgique avec ses deux fils Eugène et Paul. Sido rejoindra son frère aîné en Belgique qui la prendra en charge, lui donnant une éducation soignée car il est libre penseur et journaliste. Sido deviendra très anticonformiste et cultivée. Elle sera mariée à 21 ans à Jules Robineau- Duclos,un des hommes les plus riches de St-Sauveur. Malheureusement cet homme est un grand alcoolique et c’est pour cela que sa famille arrange son mariage avec Sido. La mère de Colette rencontrera l’hostilité des habitants de St-Sauveur car elle était profondément anticléricale et anticonformiste. Dans ses lettres à Colette, elle confiera la violence de son mari. Sido donnera naissance à Juliette en 1860 puis à Achille. En Janvier 1865, Robineau-Duclos décède et Sido épousera le capitaine Jules-Joseph Colette, vétéran de la guerre de Crimée, devenu percepteur à St Sauveur dont elle est très amoureuse. De cette union naîtront Léo et Sidonie-Gabrielle, la future Colette, qui dira de ses parents qu’ils  » s’aimaient comme des adolescents« . Cette maison et ses deux jardins  seront un véritable paradis sur terre durant les 18 premières années de Colette. Elle en parlera  abondamment dans son oeuvre en évoquant également sa mère dans son roman  » La maison de Claudine »:

« […] elle vécut balayée d’ombre et de lumière, courbée sous des tourmentes, résignée, changeante et généreuse, parée d’enfants, de fleurs et d’animaux comme un domaine nourricier. »

Sa famille, par manque d’argent, va devoir vendre son mobilier aux enchères qui auront lieu au sein de sa maison d’enfance. En effet le mariage de sa demi soeur Juliette avec un médecin de St Sauveur et les comptes mal tenus par la famille Robineau provoquèrent la ruine de la famille. Colette, sans dot, déménagera à Châtillon-sur- Loing dans le Loiret avec ses parents sous l’aile bienveillante de son demi frère Achille Robineau-Duclos.

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/La chambre, le fauteuil, le cachemire de Sido©K.Hibbs

La chambre, le fauteuil, le cachemire de Sido©K.Hibbs

 

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Portrait de Sido© Musée Colette

Portrait de Sido© Musée Colette

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Le chapeau de paille de Sido© K.Hibbs

Le chapeau de paille de Sido© K.Hibbs

 

 

Paris et la nouvelle vie de Colette:  » J’appartiens à un pays que j’ai quitté ».

 

A 22 ans elle rencontre Henri Gauthier-Villars, dit Willy, critique musical et d’art, également auteur de romans. Il comprit vite comment la nostalgie de Colette envers ses racines nourrissaient son talent d’écrivaine et l’encouragea à écrire son éponyme série des Claudine qu’il signa sous son propre nom. En 1903, Colette mit un terme à sa série en écrivant  » Claudine s’en va » et divorça pour s’émanciper du joug de ce mari volage et despote.Colette devint désormais une provinciale à Paris qui cultivait son accent bourguignon. Elle fut tour à tour actrice de music-hall, romancière puis journalisme, notamment à l’occasion de son second mariage avec Henry de Jouvenel.

 

Les retrouvailles avec sa maison d’enfance

La maison de Colette avait été donnée à son demi frère Achille , l’héritage familial ayant servi à payer la dot de Juliette. Après la mort d’Achille, la maison fut vendue en 1925 par sa femme ses filles. Colette était alors au sommet de sa carrière à Paris et exprimait dans ses écrits, et plus particulièrement dans le préambule de  » La maison de Claudine » son attachement pour le nid familial :

« La maison était grande, coiffée d’un haut grenier …La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contrebas tout autour d’une cour fermée….Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le toit du poulailler. Le jardin-du-haut commandait un jardin-du-bas, potager resserré et chaud, consacré à l’aubergine et au piment, où l’odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juin, au parfum de l’abricot mûri sur espaliers« .

Colette se verra offrir l’usufruit de sa maison d’enfance par un soyeux lyonnais , Francis Ducharne , elle n’y revint que furtivement pour l’inauguration en 1925 de la plaque commémorative posée en façade et inaugurée par le ministre de l’Instruction publique, Anatole de Monzie. La maison fut rachetée en 2011 par l’Association  » La Maison de Colette », ce qui permet aujourd’hui au public (depuis 2016) de  suivre le parcours intime de toute une vie , consignée dans l’oeuvre littéraire de Colette.

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ La façade de la maison de Colette ©K.Hibbs

La façade de la maison de Colette ©K.Hibbs

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Le jardin d'en face depuis la maison de Colette ©K.Hibbs

Le jardin d’en face depuis la maison de Colette ©K.Hibbs

 

 

Le parcours de la maison de Colette

 

C’est à partir des textes de l’écrivaine, de ses descriptions minutieuses des différentes pièces à vivre ainsi qu’aux recherches effectuées par l’ancienne institutrice du village, Marguerite Boivin, pour retrouver le mobilier vendu que la maison Colette et ses intérieurs ont pu être fidèlement reconstitués. À travers tous ses livres de la Maison de Claudine à Ces Dames anciennes (1954), Colette n’a pas cessé d’évoquer sa maison d’enfance et ses jardins avec force et émotion. Le jardin d’en face avait été acheté par la famille Robineau-Duclos pour être sûre de ne pas avoir de vis-à-vis.Il est situé en face de la façade principale et de son perron en fer forgé où est gravé le monogramme RD pour Robineau-Duclos. Le toit témoigne de la richesse de la famille: il est le seul dans le village  à être recouvert d’ardoise. Colette décrit le  » ciel de Puisaye pour lequel il n’existe pas de mots ni de couleurs au dessus d’un toit d’ardoises violettes tel qu’il resplendissait sur mon enfance… ».

 

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Entrée sur le jardin du haut ©K.Hibbs

Entrée sur le jardin du haut ©K.Hibbs

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ La salle à manger dressée pour 6 © K.Hibbs

La salle à manger dressée pour 6 © K.Hibbs

 

 

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Le bureau du Capitaine Colette© K.Hibbs

Le bureau du Capitaine Colette© K.Hibbs

 

 

La visite de la maison se fait en entrant par la cuisine dont la fenêtre donne directement sur le potager et le jardin-du-Haut dont s’occupait activement Sido. Des pépiniéristes ainsi que l’architecte-paysagiste Françoise Phiquepal ont minutieusement analysé l’oeuvre de Colette afin d’en faire une restitution la plus exacte possible. Les intérieurs ont pu être également reconstitués grâce  à des documents d’archives, divers actes notariés ainsi que la maison elle-même qui a gardé des traces de son passé et de son histoire. Les artisans ont gratté les murs pour les  » faire parler » et découvrir en dessous de ceux- ci les papiers et les coloris datant de l’époque de Colette. On a retrouvé les fameux coloris bruns miel dans les corniches et encadrements de portes chers à Colette. Le peintre qui a gratté les différentes couches de peinture et de papier peint a retrouvé les motifs d’origine qui ont été prélevés et adressés à l’atelier d’Offard à Tours.

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Reproduction d'un motif de papier peint © K.Hibbs

Reproduction d’un motif de papier peint © K.Hibbs

 

Cet atelier est un des derniers fabricants de papier peint artisanal à la planche et a pu reconstituer les motifs d’origine des papiers peints de la maison de Colette. Les rideaux ont été entièrement cousus à la main  par la maison de tapisserie Decour à Paris. Les verres des fenêtres ont été soufflés à la bouche par Saint-Gobain et les lampes et suspensions ont été électrifiées pour recréer l’ambiance des  lampes à pétrole de l’époque. C’est en compagnie de l’excellente narratrice Samia Bordji que l’histoire des lieux reprendra toutes ses couleurs , ponctuée de nombreuses anecdotes et extraits littéraires racontés de pièce en pièce.Que ce soit dans la cuisine ou l’élégante salle manger, ici la gourmandise légendaire de Colette est évoquée et récitée à partir de ses écrits. Colette,  fut initiée des l’âge de 5 ans aux vertus de l’oenologie par son père, le capitaine Colette ainsi que sa mère Sido:

« Ma mère craignait qu’en grandissant, je ne prisse les pâles couleurs….. Pour accompagner ,au retour de l’école, mes en-cas modestes, côtelette, cuisse de poulet froid ou l’un de ces fromages durs  » passés » sous la cendre de bois, j’eus des Château -Larose,des Château- Lafite, des Chambertin et des Cortons qui avaient échappé en 70 aux  » Prussiens »….Ma mère rebouchait la bouteille entamée, et contemplait sur mes joues la gloire des vins français« .

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ La cuisine de Colette © K.Hibbs

La cuisine de Colette © K.Hibbs

 

 

On appréciera la découverte de la chambrette de Colette, où s’infiltrait le froid durant les hivers rudes et  située juste au-dessus des écuries. Colette mentionne une natte tressée en roseaux qui était au pied de son lit:

« ma chambre d’adolescente n’avait pas sur son froid carreau rouge d’autre confort ni d’autre parfum que cette natte de roseaux. Verte odeur paludéenne, fièvre des étangs admise à nos foyers... ».Le texte de Colette nous transporte dans le paysage marécageux et tissé de bocages dans sa région natale .

 Colette abandonnera sa chambre au profit de celle de Juliette, sa demi-soeur, lorsque celle-ci se mariera. Colette a alors 11 ans et accèdera enfin à une vraie chambre de jeune fille. 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ La chambrette de Colette © K.Hibbs

La chambrette de Colette © K.Hibbs

 

Le Musée Colette

 

Le Musée Colette a été créé grâce à l’initiative de Colette de Jouvenel, dite Bel Gazou. sa visite agrémentée par une superbe muséographie signée par l’artiste plasticienne Hélène Mugot nous permet de découvrir l’univers de la vie parisienne de Colette, de son amour des collections de boules à neige et de papillons et du fonds Colette constitué de peintures, photos, livres et différents objets de son appartement du Palais Royal où elle termina sa vie.On appréciera la montée des marches où chacune est signée du titre d’un de ses romans. A l’arrière du château de St Sauveur où est logé le musée, on profitera d’une splendide vue sur la ville et les toits de St Sauveur.

 

À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Colette et sa collection de presses papier© Musée Colette

Colette et sa collection de presses papier© Musée Colette

 

 

À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Reconstitution de l'appartement du Palais Royal de Colette © Musée Colette

Reconstitution de l’appartement du Palais Royal de Colette © Musée Colette

 

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Musée Colette© K.Hibbs

Musée Colette© K.Hibbs

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Portrait de Colette au Musée Colette© Musée Colette

Portrait de Colette au Musée Colette© Musée Colette

Se balader le long du sentier Colette

 

De St Sauveur jusqu’à Moutiers, on redécouvrira les paysages de bocages si chers à l’artiste ainsi que la très belle église St Pierre & St Paul de Moutiers en Puisaye à l’architecture de style roman. L’intérieur nous réserve la découverte de fresques médiévales très bien conservées.

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Bocage bourguignon© K.Hibbs

Bocage bourguignon© K.Hibbs

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Fresque médiévale dans l'église St Pierre & St Paul de Moutiers en Puisaye© K.Hibbs

Fresque médiévale dans l’église St Pierre & St Paul de Moutiers en Puisaye© K.Hibbs

 

Profiter d’un week-end à La Puisaye

 

 Au Fil Des Lieux a beaucoup apprécié les chambres d’hôtes de la Sarrasine situées sur la Grande Rue de La Puisaye. Ici l’ambiance est aux voyages multiples et colorés que l’on retrouve dans la décoration des lieux. Cette famille d’artistes où la mère est céramiste et le père fan des combi WW pour leur tour du monde réalisé en famille, a aménagé avec goût et fantaisie ses trois chambres d’hôtes. Vous aurez droit à du pain perdu vanillé fait maison pour le petit déjeuner servi en chambre. Toujours sur la même  rue,  un bouquiniste  où il fera bon chiner parmi les 80 000 livres , romans, mangas et cartes postales sans oublier une jolie collection de vinyles ! Patrick Baron et Christine Peres  ont investi cette ancienne saboterie il y a plus de 20 ans.

 

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Chambre d'hôtes La Sarrasine© K.Hibbs

Chambre d’hôtes La Sarrasine© K.Hibbs

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Petit déjeuner et pain perdu de La Sarrasine© K.Hibbs

Petit déjeuner et pain perdu de La Sarrasine© K.Hibbs

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/ Librairie Christine Peres © K.Hibbs

Librairie Christine Peres © K.Hibbs

 

 

 

 À la rencontre de Colette à St- Sauveur- en -Puisaye/aufildeslieux.fr/Les vinyles de la librairie Christine Peres © K.Hibbs

Les vinyles de la librairie Christine Peres © K.Hibbs

 

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Office de tourisme de St Sauveur en Puisaye
9 Pl. du Marché,
89520 Saint-Sauveur-en-Puisaye
www.puisaye-tourisme.fr

La Maison de Colette
10 Rue Colette
89520 Saint-Sauveur-en-Puisaye
www.maisondecolette.fr

Le Musée Colette
Rue du Château,
89520 Saint-Sauveur-en-Puisaye
Téléphone : 03 86 45 61 95

Chambres d’hôtes La Sarrasine
9 Rue de la Roche,
89520 Saint-Sauveur-en-Puisaye
Téléphone : 03 86 45 40 82

Librairie Christine Peres
1 Rue de la Roche,
89520 Saint-Sauveur-en-Puisaye
Téléphone : 03 58 47 15 61

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