Oléron, l’île des savoir-faire, dévoile un territoire valorisé par les gestes, la matière et la transmission. Sur les quais bordés de cabanes colorées ou derrière les murs blanchis à la chaux, les savoir-faire façonnent le territoire autant que le vent et les marées. Le patrimoine ne se contemple pas seulement: il se pratique. Deuxième plus grande île métropolitaine après la Corse, Oléron déroule ses longues plages blondes sur la côte ouest, aligne ses cabanes ostréicoles multicolores dans les chenaux de la côte est, et laisse courir les pistes cyclables au cœur des forêts de pins bordées de villas « Belle Époque » à Saint-Trojan-les-Bains. Mais cette île magnifique n’est pas réduite à une carte postale, elle est aussi un laboratoire discret d’initiatives écologiques, ancrées dans le territoire. Oléron s’est bonifiée également grâce à la transmission des savoir-faire. Marais salants remis en activité au Port des salines, cabanes ostréicoles reconverties en ateliers d’artistes au Château d’Oléron, stages d’éco-construction à la maison-eco-paysanne : ce beau territoire affirme un patrimoine vivant entre tradition maritime et pratiques durables. Pas moins de 11 sites d’exception sont mis en avant sur l’île d’Oléron offrant des tarifs réduits avec le pass Explore Oléron.

Cabane et canoë kayaks- Photo © K.HIBBS
En route vers Oléron: Le pont transbordeur, une sentinelle d’acier sur la Charente
Après avoir dépassé Rochefort en direction de l’île d’Oléron sur la D137 vous apercevrez durant la traversée du viaduc reliant l’île depuis le continent, le monument industriel emblématique du pont transbordeur de Rochefort. Visible depuis la route, sa grande arche d’acier se détache dans le paysage estuarien, suspendue au-dessus du fleuve Charente. Ce chef-d’œuvre d’ingénierie du 19è siècle, entièrement restauré il y a 2 ans, a été imaginé par Ferdinand Arnodin, un contemporain de Gustave Eiffel, ouvrant ainsi le passage aux grands navires. Un système de nacelles, coulissées par des câbles, permet de faire passer les gens d’une rive à l’autre. On se souvient du film des Demoiselles de Rochefort où des voitures circulaient encore sur le transbordeur !
L’île lumineuse sera bientôt à notre portée après la traversée de son viaduc. Oléron s’étire sur environ 30 km depuis le château d’Oléron au sud jusqu’à Saint-Denis-d’Oléron au nord. Son très bon réseau de pistes cyclables vous permettra de la traverser tranquillement en environ 2 à 3 heures.

Rochefort-ocean-pont-transbordeur_©Les_Coflocs

Fort Louvois @arthurhabudzik- Marennes Oléron
Explorer la forêt de St-Trojan au sud de l’île
La création de la forêt de St-Trojan a permis de mener une politique contre l’envahissement du paysage par les dunes. Durant la seconde moitié du 17è siècle, le vieux bourg de St-Trojan ainsi que son église ont été submergés par d’immenses dunes de sable, poussées par le vent. Ce patrimoine architectural se trouve encore enfoui aujourd’hui sous l’actuelle maison forestière. Des initiatives visant à maintenir le couvert végétal sur les dunes furent prises dès le 18è siècle. Des travaux de plantation, accompagnés d’un dispositif de palissades, seront initiés par l’ingénieur des Ponts et Chaussées Thomas Brémontier. Entre 1825 et 1970, 7 palissades seront érigées sur environ 50 km, couvrant une surface forestière de 1150 ha. Des oyas et des pins maritimes ont été plantés à l’arrière des dunes. Cette stabilisation des sols donnera naissance à la forêt de St-Trojan.
L’ile d’Oléron est sans doute un des lieux les plus agréables de la façade atlantique à découvrir en vélo avec le concours des Cycles Demion. Nous avons eu l’occasion de traverser la forêt domaniale de Saint-Trojan et de rejoindre la plage de Gatseau sur un chemin aménagé, serpentant entre dunes boisées et sentiers forestiers. Cette balade,très paisible, se déroule sur environ 5 km et débouche sur la plage de Gatseau située à la pointe sud de l’île. De Mai à septembre, le P’tit train de Saint-Trojan relie sur 6 km le centre de St-Trojan-les- bains aux plages de Gatseau et de Maumusson.

Vélo_Forêt©Thierry Richard
L’époque dorée des grands hôtels balnéaires
Entre la fin du 19è et des années 1930, Saint-Trojan-les-Bains a connu l’essor du tourisme de santé et des bains de mer devenus très à la mode. Une clientèle bourgeoise venue de Bordeaux et de Paris y déferla grâce à l’arrivée du chemin de fer qui emmenaient les voyageurs à Bourcefranc-le-Chapus, le terminus. De là on prenait le bateau à vapeur reliant le continent à Oléron. Si la mer était basse on marchait jusqu’au pied du Fort Louvois pour y prendre le bateau jusqu’à Saint-Trojan. On peut encore voir la façade de l’hôtel du Soleil Levant qui fut inauguré en 1905 en tant que premier établissement balnéaire par son propriétaire Adolphe Derremeaux, décorateur en Égypte. Quelques belles villas Belle Époque de style éclectique, classées pour leur valeur patrimoniale, jalonnent également les abords de la grande plage de Saint-Trojan.

Carte postale ancienne de l’hôtel du Soleil-Levant de St-Trojan-les-Bains
Les marais salants à l’origine de l’huître Marennes-Oléron
Les marais littoraux d’Oléron servaient à produire le sel, « l’or blanc » des bassins. Au 19è siècle, l’exploitation du sel méditerranéen contribua au déclin économique de cette activité traditionnelle menée par les sauniers, laissant les marais à l’abandon. Les ostréiculteurs du bassin de Marennes-Oléron n’hésitèrent pas à retrousser leurs manches et réutilisèrent les bassins des marais salants. Ils les transformèrent en claires pour y affiner les huîtres après leur élevage en mer. Ces claires sont des bassins peu profonds, laissés à l’air libre une partie du temps avec un fonds argileux imperméable, hérité des anciens marais salants. Les claires, exposées au soleil permettront de développer du phytoplancton,

Claires©OTIOMN
Les claires contribuent à l’affinage des huîtres
Après plusieurs années de croissance en mer ou dans des parcs, les huîtres sont placées en claire pour une période d’affinage (entre 14 jours et 28 jours en basse saison). Cette eau, riche en phytoplancton et combinée au soleil, sert de nourriture naturelle aux huîtres, modifiant leur chair et leur arôme. On obtient ainsi un équilibre parfait entre salinité et douceur. La réutilisation des anciens marais salants a ainsi façonné le paysage ostréicole autour de l’île d’Oléron et de Marennes-Oléron. Les claires contribuent à la qualité des huîtres de cette région et sont reconnues par une Indication Géographique Protégée (IPG). Les Marennes d’Oléron ont une spécificité grâce a une étape supplémentaire, l’affinage ou » la mise en claire ». Ces huîtres sont appelées Fines de Claire. La reconversion des anciens marais salants en bassins de claires a contribué à la disparition des sauniers.

Huître fine de claire label rouge © LAVAL
Un second souffle pour le sel au Port des Salines
Florissant au Moyen-âge, le sel faisait partie du patrimoine local, notamment avec la présence de marais. Le port de Brouage, situé en face de l’île d’Oléron, ( traverser le pont d’Oléron vers le continent) avait été construit au 16è siècle pour le commerce international du sel avec l’Angleterre et les Pays du nord. Celui-ci deviendra une citadelle et une place forte catholique sous Richelieu au 17è siècle. Le port perdra son utilité progressivement avec un chenal d’accès à la mer s’ensablant progressivement ainsi que l’arrivée du chemin de fer qui permettait d’exporter rapidement les produits. Les guerres de religion ont également contribué au déclin de la cité de Brouage. Le marais de Brouage se déploie aujourd’hui sur plus de 15 000 hectares autour de la citadelle classée au titre des monuments historiques.

Carte postale ancienne de la mise en sac et du chargement du sel
De nombreux marais jalonnaient également l’île d’Oléron (on comptait plus de 85 000 bassins de récolte sur Oléron) mais l’apparition des grands salins du midi firent une concurrence au sel local avec la mécanisation et l’arrivée du chemin de fer, provoquant la disparition progressive des sauniers, maîtres de ce savoir-faire. Dans les années 1990, l’or blanc sera totalement oublié. En réaction à cet abandon, le Port des Salines sera construit et la toute première saline, installée dans les années 1994, sera de type guérandais. Comme le savoir-faire local avait été oublié, on fit appel à un saunier guérandais pour faire renaître ce patrimoine local et le dynamiser. L’Écomusée du Port des Salines présente au public les plans d’une saline oléronaise et guérandaise, mettant en avant chacune des petites différences culturelles dans leur conception respective. Des recherches d’archives ont permis progressivement de reconstituer à l’identique une saline oléronaise.

Vue d’ensemble du Port des salines -Photo © K.HIBBS

Marais salant du Port des Salines-Photo © K.HIBBS
Ce très joli petit musée nous conduit de cabane en cabane, nous invitant à découvrir le fonctionnement d’un marais salant ainsi que les différentes étapes de la récolte du sel et un grenier à sel, la Salorge, stockant le sel récolté pour le vendre aux visiteurs. Une collection permanente d’outils, de cartes postales anciennes ainsi qu’une maquette interactive font revivre les moments forts du passé glorieux du sel oléronais. Les beaux jours tout proches permettront bientôt de flâner à pied sur les différentes passerelles ou de faire des promenades en barques au cœur du marais salant le long des cabanes colorées. L’écomusée fait partie du réseau des Échappées Nature porté par le département de Charente Maritime pour sensibiliser le public à la biodiversité.

L’équipement du saunier -Eco-musée du Port des Salines-Photo © K.HIBBS
Se restaurer au Relais des Salines
Le restaurant est installé dans une ancienne cabane ostréicole avec terrasse sur le petit Port des Salines, construit sur pilotis.. L’établissement a obtenu un Bib gourmand Michelin depuis 2020. Cette distinction récompense les tables offrant une cuisine de grande qualité à un prix raisonnable. Le chef Batiste Schmitt a une approche contemporaine des produits locaux dont on se régale ici. Les plats vedette du lieu se déclinent en huîtres Fines de Claire chaudes accompagnées de leur fondue de poireaux ou encore de poulpe confit.

Huîtres Fines de Claire chaudes accompagnées de leur fondue de poireaux-Photo © K.HIBBS

Verre de Colombard -IGP Vin de pays charentais et mise en bouche au relais des Salines -Photo © K.HIBBS
Faire un stage à la maison éco-paysanne
Au cœur du village de Grand-Village-Plage au sud-ouest de l’île, non loin de la plage de la Giraudière, la Maison éco-paysanne nous fait revivre l’histoire du monde rural oléronais. Dans les années 1970, un groupe folklorique originaire de l’île, Les Déjhouqués, tourné vers la préservation et les traditions locales, entreprit de reconstituer une ferme traditionnelle locale. Des habitants, artisans et bénévoles remontèrent pierre par pierre des bâtiments anciens afin de reconstituer une ancienne ferme oléronaise du 19è siècle composée d’une maison d’habitation, de granges et d’un chai.

Carte postale ancienne d’une chambre dans une maison paysanne

Reconstitution d’une pièce à vivre dans le musée de la maison éco-paysanne d’Oléron- Photo© K.HIBBS
Restaurés avec des matériaux naturels et selon des savoir-faire anciens, les bâtiments témoignent d’une architecture simple et ingénieuse adaptée au climat insulaire. Entre mémoire paysanne et réflexion sur l’habitat durable, la Maison éco-paysanne fait dialoguer le passé et le présent, révélant toute la richesse des traditions de l’île, conciliant rénovation énergétique et respect du bâti originel.
Des stages d’éco-construction seront proposés dès le 19 avril prochain permettant de découvrir la mise en œuvre de matériaux écologiques avec une approche théorique et pratique encadrée par un professionnel. Stéphane Montagne, artisan spécialisé en enduits écologiques animera les 30 et 31 mai 2026 un stage sur les joints et enduits écologiques chaux-sable sur bâti en pierres puis les 26 et 27 septembre la façon de construire avec différents matériaux biosourcés: liants (terre, chaux) et les charges (chanvre, paille, etc.)
Les participants pourront expérimenter et comprendre la différence entre mélange isolant ou mélange pour l’inertie thermique. Il faudra compter 80 euros pour un week-end de stage avec le déjeuner du samedi inclus ou bien 60 euros pour une seule journée de formation.
En petit groupe de 6 à 10 personnes, les participants découvriront les principes de l’éco-construction avant de passer à la pratique aux côtés de l’artisan-animateur. Dans la cour de l’ancienne ferme ou dans les espaces de travail clos, on apprendra à manipuler des matériaux naturels comme la terre, la chaux ou le chanvre, à préparer des enduits ou à expérimenter des techniques traditionnelles.

Fabrication de brique – Photo © K.HIBBS

Stéphane Montagne, formateur à la maison éco-paysanne -Photo © K.HIBBS
Stéphane Montagne, à la tête de l’entreprise La Chaux à La Rochelle s’est spécialisé dans les enduits naturels et biosourcés.
« Mes interventions se font sur du patrimoine ancien ou des maisons nouvelles; l’objectif par rapport aux enduits consiste à comprendre l utilisation des matériaux naturels locaux. Avant j’étais animateur socioculturel et puis j’ai eu envie de faire de la maçonnerie. J’avais le goût d’apprendre et ne savais pas ce qu’était une bétonnière ou une pose de parpaing! Mon entreprise À la Chaux est dédiée à la maçonnerie et fabrique des enduits biosourcés à la chaux et d’argile. J’anime des stages où j’explique comment on fait les proportions entre chaux et sable pour faire des joints entre les pierres ainsi que la façon de préparer le chantier. J’interviens également sur des ateliers participatifs pour des personnes qui ont des projets sur leur bâti dans toute la France. La formation se fait sur leur lieu de chantier avec des bénévoles et moi en tant qu’accompagnateur du début à la fin. Cela permet de baisser le budget des travaux tout assurant la prise en charge par le propriétaire de la logistique de logement et de repas des participants« .
Un stage relatif aux peintures naturelles et enduits minéraux sera animé le 20 juin sur une journée entière par Mohamed Djadaoui, peintre en décors avec la découverte du badigeon à la chaux, enduit stuc, la préparation des supports et leur application.
Couleurs Cabanes: ateliers de créateurs au Port du Château
D’autres belles initiatives ont été lancées en 2004 avec l’association Couleurs Cabanes pour faire revivre une trentaine de cabanes ostréicoles sur le port d’Oléron situé sur la côte est de l’île. Cet ensemble d’ateliers de créateurs consiste en un collectif d’artistes et d’artisans installés sur l’avenue du port, le long du chenal. De nombreux métiers d’art s’y sont regroupé dans d’anciennes cabanes aux couleurs vives. A l’époque chaque ostréiculteur peignait sa cabane d’une couleur particulière à la manière d’une signature visuelle, lui permettant de se repérer facilement dans le port ou dans les claires. Les cabanes étaient peintes avec des restes de peintures pour bateaux, très résistantes à l’humidité et au sel. Ces cabanes, avec en arrière-plan la citadelle du Château d’Oléron symbolisent à la fois le patrimoine maritime, la création contemporaine et la reconversion des ports ostréicoles. La forme très reconnaissable des cabanes ostréicoles du Château d’Oléron répond à des contraintes liées au littoral atlantique. Leur toit à deux pentes permet de réduire la prise au vent ainsi que l’écoulement rapide de l’eau.

Cabane Le Château@arthur habudzik
L’attribution des cabanes d’artistes se fait sur dossier. Le bail est signé pour un an et est renouvelable. Nous avons eu l’occasion d’y faire de jolies rencontres notamment avec le luthier Sylvain Enjoubaut de la Case à Ukes, spécialisé dans la fabrication d’ukulélés hawaïens et polynésiens.. Cet ancien trompettiste, autodidacte de la lutherie, a commencé à exercer dans le fond de son garage. Très séduit par la modernité du motu , évolution contemporaine du ukulélé traditionnel ainsi que de son accessibilité sur la phase d’initiation. Un festival dédié à cet instrument » Le Ousk refait son Ouf « aura lieu les 14, 15 et 16 Mai 2026 à la citadelle du Château d’Oléron.

La case à Ukès -Photo © K.HIBBS

Fabrication de motus par le luthier Sylvain Enjoubaut-Photo © K.HIBBS
Chez Nicomatelotage, les nouages plats n’auront plus de secrets pour vous. Cet art des marins avait pour fonction de protéger le bois du navire des différents frottements sur le pont, les mâts et les poulies. Ces nœuds si particuliers étaient réalisés avec du vieux cordage. La tradition du matelotage consiste en un savoir-faire unique qui s’est véritablement transformé sous forme d’objets de décoration marine !
Des visites guidées sont organisées pour découvrir le circuit de ces cabanes bouillonnantes de créativité.

Nouages plats de la cabane Nicomatelotage -Photo © K.HIBBS
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Renseignements pratiques
Y aller
TGV Paris-Surgères au départ de la gare Montparnasse puis car régional jusqu’à l’île d’Oléron.
Se loger
Dans le sud de l’île
Village vacances Azureva situé dans la forêt domaniale de Saint-Trojan-les-bains
20 Route de la Giraudière
17370 Le Grand-Village-Plage
www.azureva-vacances.com
Louer un vélo
Cycles Demion
2 Rue du Puits-Neuf
17370 Le Grand-Village-Plage
Tel : 05 46 47 59 64
Visiter le Port des Salines et son écomusée
Rue des Anciennes salines
17370 Le Grand-Village-Plage
www.port-des-salines.fr
Déjeuner au Relais des Salines
Tel 05 46 75 82 42
Port des Salines 17370-Le Grand-Village-Plage
Stages de la Maison Eco Paysanne
3 Bd de la Plage
17370 Le Grand-Village-Plage
Tel 05 46 85 56 45
www.maison-eco-paysanne.fr
Cabanes d’artistes sur le port du Château d’Oléron
Couleurs Cabanes
Ateliers de créateurs
Port du Château
17480 Le Château d’Oléron
www.couleurs-cabanes.fr
Restaurant au Château d’Oléron
Le Drugstore
5 Place de la République
17480 Le Château -d’Oléron
Tel 05 46 85 02 66
Se renseigner
Office de Tourisme Ile d’Oléron-bassin de Marennes
www.ile-oleron-marennes.com
Remerciements à Cécile Chartier .


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