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Avr,2014

Le voyage de l’Obélisque

Le Musée de la Marine propose jusqu’au 6 Juillet prochain deux aventures incontournables:

 

L’une est historique puisqu’elle retrace l’exploit d’une poignée d’hommes qui assureront le voyage de l’obélisque de Louxor  jusqu’à la Concorde, bravant les difficultés qui entraveront un long  périple de sept ans. L’autre aspect innovant de cette exposition consiste en la mise à disposition du public d’une application smartphone ( téléchargeable sur le site www.musee-marine.fr ) sous la forme d’un jeu et d’un parcours sonore. Du Nil à la Seine,  les visiteurs de tout âge pourront revivre étape par étape, les moments forts de l’abattage de l’obélisque à Louxor, son transport et son élévation à Paris, place de la Concorde. Les questions concernant les nombreux problèmes vécus par l’équipage seront posées au public en flashant les QR codes affichés tout au long de l’exposition. L’immersion dans cet étonnant voyage sera renforcée par une succession de témoignages extraits de journaux de bord et de courriers.

 

 

C’est le Pharaon Ramsès II qui fera ériger deux obélisques à l’entrée du Temple de Louxor rendant ainsi hommage au Dieu du soleil: Amon. Les obélisques symbolisaient un rayon de soleil pétrifié entre ciel et terre, rapprochant ainsi les divinités du monde des hommes. Les dédicaces gravées dans la pierre sous forme de hiéroglyphes, furent interprétées et traduites par Champollion.

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  – Temple de Louqsor, Jean-Claude Golvin (né en 1942), aquarelle, encre, graphite et gouache sur papier, fin XXe siècle.Musée départemental Arles Antique © Jean-Claude Golvin/Éditions Errance

 

 

 

Le Pacha Méhémet -Ali

 

Au milieu du 19 ème siècle, l’Egypte est en pleine transformation. Des ingénieurs anglais et français contribuent à de nombreux ouvrages sur place. Le Vice Roi Méhémet-Ali s’est engagé dans une politique de modernisation du pays tant du point de vue économique qu’industriel en le faisant un peu au mépris du patrimoine historique, religieux et culturel de l’Egypte ancienne. Il ira même jusqu’à vouloir détruire une pyramide pour canaliser le Nil mais on arrivera à l’en dissuader. Il veut aussi moderniser la flotte égyptienne en s’entourant d’ingénieurs, de militaires et de marins Français et Anglais.

 

Champollion suggère alors au Vice-Roi d’Egypte de remercier les deux pays en leur offrant à chacun un obélisque. Méhémet s’apprête alors à céder les deux monolithes d’Alexandrie à la France. Champollion, venu une première fois en Egypte en 1828 a vu les obélisques de Louxor qui étaient magnifiques et en bien meilleur état que ceux d’Alexandrie, très abîmés par l’air marin. Il écrira «Paris est faite pour les obélisques de Louxor…».  L’égyptologue convaincra le Pacha qui finira par donner celui de Carnac, haut de 44 mètres aux Anglais et ceux de Louxor aux Français. Ce don sera officialisé en 1830 et la France par l’ intermédiaire du Ministère de la Marine, votera des crédits mettant sur pied une expédition à l’impressionnante logistique.

 

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Méhémet-Ali, vice-roi d’Égypte (1769-1849), huile sur toile, 1840. Louis Charles Auguste Couder (1789-1873).
© RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Gérard Blot

 

Un incroyable voyage vers la France…

 

Le Musée de la Marine a pu reconstituer cette épopée grâce à des prêts d’institutions prestigieuses telles que le Louvre, la BNF, les archives nationales de France ainsi que celles de collections privées. C’est notamment le second du bateau le Luxor, Léon de Joannis qui réalisa de nombreux dessins durant l’expédition. On a retrouvé des aquarelles et des gravures qui furent publiées.

 

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 Le Luxor avant son retour en France. Août 1832
Huile sur toile signée A.G., 1834. Ancienne collection Léon de Joannis © Collection particulière/musée national de la Marine/A.Fux

 

 

Un bateau « sur mesure »…

 

On n’a aucun bateau capable de transporter un tel poids: l’obélisque pèse 230 tonnes et mesure 33 mètres: cela implique la construction d’un bateau à Toulon, le Luxor, qui a des caractéristiques assez contradictoires: un fond plat avec peu de tirant d’eau pour pouvoir naviguer sur les fleuves, cinq quilles ainsi que des mâts démontables. Une centaine d’hommes formeront l’équipage du Luxor et partiront en Avril 1831 avec des tonnes de vivres et de matériel: bois, fer et autres outillages. Ils embarqueront avec eux un Commandant, un second, un médecin qui leur sera bien utile quand ils arriveront à Louxor où les attend une épidémie de choléra. L’équipage se rend compte en arrivant que les deux obélisques de Louxor sont ensablés sur une hauteur de presque 4 mètres, ce qui n’avait pas été signalé par Champollion. Quatre cent mètres séparent les obélisques et le bateau à quai sur le Nil et une trentaine de maisons sont collées à l ‘obélisque le plus proche de l’ embarcation.

 

 

L’abattage de l’obélisque

 

La première chose à faire est de racheter ces maisons pour ensuite les raser. Ce qui fait brusquement flamber les prix de l’immobilier. L’opération technique la plus compliquée sera l’abattage de l’obélisque: on la mettra sur un glissoire en bois réalisé par tranches de 7 mètres pour aller jusqu’au bateau. Pas moins de 200 ouvriers égyptiens seront embauchés à cet effet et 90 000 mètres cubes de sable déplacés pour réaliser une tranchée de 400 mètres  jusqu’au bateau. Un ingénieur de la marine, Apollinaire Lebas qui a été désigné pour cette mise en oeuvre, sera récompensé à la fin de l’expédition par le Roi Louis-Philippe en obtenant le poste de conservateur du Musée de la Marine qui se trouve à l’époque au Louvre. Les obélisques sont donc ensuite désensablés et Lebas se rend compte que le piédestal est orné de bas reliefs représentant des babouins adorant le soleil. Cette pièce étant trop abîmée pour être ramenée à Paris, l’équipe de Lebas prélèvera un morceau de l‘autre obélisque qui restera sur place. Le fragment jugé trop impudique, ne sera pas exposé sur la place de la Concorde. L’obélisque sera enfin chargé sur le bateau le Luxor qui avait été scié pour le transporter.

 

 

Le Nil est asséché…

 

Mais un problème se pose car il n y a plus d’eau dans le Nil et il faudra attendre sa crue: l’équipage sera coincé durant 6 mois à Louxor.

 

Durant ce temps, les hommes feront des petites expéditions un peu aventureuses, fouillant et prélevant des sites archéologiques. Une épidémie de dissentrie tuera une dizaine d’entre eux. Finalement le 25 Août, le niveau du Nil est monté et l’équipage va pouvoir repartir en redescendant jusqu’à Alexandrie transportant les 230 tonnes.

Le commandant demandera de l‘aide à un remorqueur le Sphinx qui viendra les chercher à Alexandrie. Ils seront bloqués par une barre de sable dans la baie d’Alexandrie durant 2 mois. Finalement le 2 Janvier 1832, un coup de vent leur permettra de repartir en catastrophe. À son arrivée à Toulon, l’équipage sera mis en quarantaine sanitaire. L’ingénieur Lebas partira directement à Paris pour préparer le chantier de l’obélisque.

Le remorqueur le Sphynx emmènera le Louxor et l’obélisque jusqu’à Cherbourg puis à Rouen. Les objets ramenés par l’équipage seront dispersés et vendus au British Museum et au Musée de Rouen.

 

Une nouvelle fois le niveau de l’eau à Rouen étant trop faible, le bateau sera immobilisé encore pendant 3 mois. On fera appel à une société de halage avec 28 chevaux !

 

 

L’obélisque, coqueluche des Parisiens…

 

Pendant ce temps-là à Paris, tout le monde s’arrache le futur emplacement de l’obélisque: on l’imagine à la Bastille, sur le Pont Neuf, devant la Madeleine

 

Le Roi Louis-Philippe a déjà choisi la Place de la Concorde pour la laver du souvenir funeste des exécutions révolutionnaires. Il a désigné un architecte pour le réaménagement de la place et fera réaliser un simulacre en bois et en carton à la Concorde et aux Invalides pour calmer la population. Il n y a pas de piédestal car celui-ci est resté en Egypte. On va trouver une carrière de granite dans le Finistère où on achètera 4 ou 5 blocs qui composeront le socle de 240 tonnes plus lourd que l’obélisque!

 

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Érection de l’Obélisque de Louqsor, 25 octobre 1836, détails, aquarelle. Cayrac, 1837
MnM 15 OA 5 D
Dépôt du musée du Louvre

© Musée national de la Marine/P. Dantec

 

Le 25 Octobre 1836, 200 000 Parisiens sont réunis sur la Place de la Concorde. L’ingénieur Lebas est posté sous l’obélisque et un orchestre a été convoqué pour jouer les Mystères d’Isis, extrait de la flûte enchantée de Mozart. En quelques heures l’obélisque est érigé et des matelots montent à son sommet pour y installer des drapeaux.

 

En 1839 on grave sur le piédestal les principaux noms: celui de Champollion est oublié, c’est pourtant lui qui a été le premier à déchiffrer les hiéroglyphes !

On peut y lire des textes-dédicaces du Pharaon Ramsès II s’adressant aux Dieux. L’obélisque sera classé monument historique en 1937. En 1998 on installe un pyramidion doré sur le sommet à l’initiative de l’égyptologue française Mme Christiane Desroches-Noblecourt.

 

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Le voyage de l’ obélisque

Louxor/Paris

jusqu’au 6 juillet 2014

Musée national de la Marine

Palais de Chaillot

17 Place du Trocadéro

www-musee-marine.fr

 

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Visites atelier et visite contée pour les enfants

les mercredis et vacances scolaires à 15h

 

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A voir et revoir sur France 5

L’odyssée de l’obélisque

documentaire de 52 minutes

france5.fr

france tvpluzz

 

Musée de la Marine_5

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A propos de l'auteur

Katherine Hibbs

Je suis une passionnée de l'image et de l'écriture. Photographe depuis plus de 30 ans d'abord dans la mode puis très vite dans le reportage et le domaine des expositions artistiques, j'ai exploré l'univers du film documentaire et de l'écriture. Je fais du journalisme depuis 10 ans comme pigiste et ai décidé de créer mon blog il y a un peu plus d'un an. Mon crédo: l'échange, l'écoute et le partage sans oublier la pratique des langues étrangères.. Si vous êtes gourmand, curieux, mélomane, et passionné, alors suivez mon itinéraire au fil des lieux...

1 Commentaire

  1. Adams 21 octobre 2016 at 13 h 20 min #
    J'adore cet article Katherine, merci bien à vous

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