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Juin,2014

72 heures dans la Sarthe

Il est des départements qui ont la réputation de n’être connus que pour avoir été traversés, passerelles pour rejoindre une destination estivale…

Pourtant ils recèlent de multiples trésors cachés et plaisirs gastronomiques qui ne demandent qu’à nous retenir…

La Sarthe revêt la sincérité des producteurs, des viticulteurs, des orfèvres de l’argile.

Ici les amitiés se nouent autour de joutes gastronomiques entre copains, chefs et cavistes. On parle franc et l’on vénère le bois tricentenaire des chênes de Bercé…

Ils s’appellent Amandine,Thierry ou Vincent et nous offrent à mains nues leur savoir faire…

Ce département est également le berceau d’une histoire très riche que l’on découvre au fil des ruelles de la cité Plantagenêt, concentré de voyage entre la Gaule et la Renaissance où plane encore la présence de la Reine Bérengère de Navarre… Cette ville abritée derrière des fortifications en a inspiré plus d’un, de Robert Doisneau aux reconstitutions filmées du Bossu de Notre Dame, Cyrano de Bergerac ou encore Nicolas Le Floch.

 

 

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La Cité Plantagenêt

 

L’ancien nom gaulois du Mans est Vindunum, qui se transforma en Subdinum à l’époque romaine.

La ville compte 150 000 habitants dans son enceinte fortifiée, 200 000 hors les murs et 300 000 dans l’ensemble du pays du Mans, ce qui représente 50% de la population Sarthoise. On retrouve ici des traces d‘habitat depuis le néolithique où les peuples s’y étaient installé pour des raisons stratégiques. Dans la Guerre des Gaules, César mentionnait déjà les Aulerques Cénomans qui étaient les gaulois.

La ville du Mans a gardé ses murailles gallo-romaines, construites à l’initiative de

l’empereur Aurélien à la fin du III ème siècle, ce qui lui a permis de se protéger et également de préserver un patrimoine qui va du Moyen âge à la Renaissance.

 

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Un bel exemple en est la maison d’Adam et Eve construite par Jéhan de l’Espine au XVI ème siècle et dont le relief représente plus probablement Ariane et Bacchus. L’enceinte de la ville est aussi bien conservée que celles de Rome et de Constantinople; il aura fallu 400 000 briques faites avec du grès roussard qui vaudront le surnom de «ville rouge» au Mans.

 

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Dans le bas de la ville fortifiée se trouvaient les commerces de bouche, tavernes, tanneries et boucheries qui alimentaient la partie haute de la cité et appartenait aux chanoines.

 

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Les noms des rues y sont très évocateurs: la rue des poules, la rue de la truie qui file, celle qui était justement très courue pour la fabrication des rillettes !

L’éponyme recette de viande de porc rissolée et confite était déjà mentionnée au Moyen-Âge. À cette époque, les gens ne savaient pas lire, ils avaient des repères visuels dans la cité. Ainsi furent baptisées la maison au pilier vert ou encore celle au pilier rouge.Très souvent on y indiquait la fonction de celui qui y habitait comme celle, très connue, d’un marchand de cannes de soules (ancêtre des cannes de golf)

 

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La cité sera marquée par l’union royale de Geoffroy Plantagenêt et de Mathilde, héritière du Royaume d’Angleterre et du duché de Normandie. La reine Bérangère de Navarre a également laissé une forte empreinte sur la cité, elle fut l’épouse de Richard Coeur de Lion, descendant des Plantagenêt. Elle habitera donc cette région qu’elle avait reçue en dote et fondera l’abbaye cistercienne de l’Épau, un peu en dehors de la ville, où repose son gisant.

 

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À l’heure actuelle, on assiste à une vraie campagne de restauration des architectures à pans de bois. La maison suspendue est un bel ouvrage immortalisée par le photographe Robert Doisneau. Le nounours tenu par la petite fille qu’il avait immortalisée est toujours installé derrière la fenêtre à l’étage.

 

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© Robert Doisneau / Le Mans

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Dans les années 60 la cité fut laissée à l’abandon puis de nouveau restaurée par l’office HLM du Mans. Chaque été, de juillet à Août, la ville ancienne est magnifiée par des projections et des mises en lumières sur les façades de ses monuments historiques sous la forme d’un parcours. La Nuit des chimères, orchestrée par Hélène Richard et Jean-Michel Quesne, scénographes pour la société Skertzó, donne une vision féerique de cet ensemble patrimonial.

 

 

Les jardins cachés des hôtels particuliers sont également librement ouverts au public, de jour cette fois-ci, à l’occasion des journées Entre cours et jardins qui ont lieu le dernier weekend de septembre.

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Entre Moulin et Jardins Remarquables….

 

Dans le sud du département, au creux de la vallée du Loir se nichent des trésors cachés dans la verdure… Faire une halte au Moulin Page, non loin de Vouvray sur Loir vous transportera à la fois dans un havre de tranquillité bucolique ponctué par le charmant accent québécois des propriétaires qui vous accueillent dans deux chambres d’hôtes.

Le chant nocturne des grenouilles durant une séance de jacuzzi reste un moment fort du lieu avant d’explorer, après un excellent petit déjeuner et confitures faites maison, les châteaux environnants….

 

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J’ai rencontré Thierry aux mains d’argent…..

 

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Le Prieuré de Vauboin se trouve à Beaumont-sur-Dême… ici on ne compte pas les kilomètres parcourus pour découvrir les beautés cachées du pays !

En poussant la porte du maître des lieux, je ne me doutais pas de la splendeur qui s’apprêtait à fouetter mon regard !

Thierry Juge a créé il y a 22 ans un Hortus Conclusus, jardin clos médiéval, bordé d’une source, où se niche un prieuré du XIVème siècle. Je l’ai rencontré après la pluie, à cet instant précis où les odeurs transpirent à travers la terre mouillée. Ici, tout a commencé avec un simple champs de choux et des dizaines de chênes.

 

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Thierry a quitté Paris, sans regret, cherchant un endroit idéal pour se protéger des tourments du monde extérieur. Dans ce lieu à l‘atmosphère quasi monacale, deux jardins se font écho: celui du bas est strict, taillé en cônes et en boules de buis tandis que l’autre niché sur un promontoire verdoyant, s’adosse à une grotte surmontée d’une cascade de buis. Le coteau, où Thierry grimpe en rappel, équipé d’un harnais, est coiffé d’une multitude de formes allongées, personnifiées telles des sculptures de Giacometti, que le maître des lieux compare à une partition de Chostakovitch. Comme une note, chaque arbuste a sa place dans la partition du paysage. Le jardinier s’est formé tout seul, porté par sa passion, chuchotant aux multiples feuillages le destin qu’il va leur tailler tel Edouard aux mains d’argent:

« je travaille avec mes oreilles, mon principal soucis c’est l’harmonie et les proportions, j’aime réaliser de vrais tableaux !» .

 

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La création de deux espaces opposés est devenue pour cet homme une valeur mystique où en taillant les plantes, il a modelé sa vie, ponctuée par le buis, arbre légendaire et sacré. Juste retour des choses, son travail titanesque vient de recevoir le label de Jardin Remarquable. Décidément se faire plaisir a des bons côtés !

 

 

 

Aux buveurs de la prime cuvée…

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Rabelais et Ronsard ont fait l’éloge des vins de la vallée du Loir, au sud du département.

Ici le blanc de Jasnières est à la fête. On le surnomme le «plus jeune des vins vieux» car il atteint une maturité et un moelleux remarquables après 10 ans en cave. L’appellation «Jasnières» est englobée dans les «Coteaux du Loir»  principalement sur les communes de Lhomme et de Ruillé-sur-Loir. Ici le sol crayeux et la roche de tuffeau ont favorisé l’implantation de caves à vins assurant une fraîcheur constante pour ce breuvage aux saveurs florales.

 

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Au Domaine de Cézin à Marçon, la famille Fresneau exploite sur 16 hectares les deux appellations Coteaux du Loir en blanc, rouge et rosé ainsi que du Jasnières.

Amandine et son frère représentent la 4 ème génération de ce domaine familial   divisé en parcelles très morcelées sur Chahaignes, Lhomme et Marçon.

La jeune femme évoque les années historiques du phylloxéra durant lesquelles les vignes ont longtemps été abandonnées puis replantées petit à petit au milieu des terres de blé et de pommiers.

 

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«Dans nos caves nous avons une température constante de 12/13 degrés et une ambiance humide pour conserver le vin dans des barriques de chêne d’occasion. Le bois a besoin d’humidité pour rester gonflé, s’il est trop sec, le jour passe à travers les lattes et c’est mauvais pour lui. Le chêne de la forêt royale de Bercé, labellisée «forêt d’exception», qui a été réaménagée à l’époque de Colbert, est extrêmement cher:on détermine la qualité du bois au grain du chêne, plus il est fin plus il est inabordable ! C’est pour cette raison que nous rachetons des barriques qui ont déjà servi. Nous en avons exactement 27 dans lesquelles nous produisons 2 cuvées: en blanc la cuvée Clos des Fleuries qui est un Jasnières où on trie la vendange pour en faire un vin doux et par ailleurs une cuvée du Loir rouge qui est un assemblage de pineau d’Aunis (un vin rouge très particulier à la saveur poivrée et aux arômes de framboise et de fruits rouges), de cabernet franc et de Caux.  

 

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Au fond de la cave, nous avons des bouteilles qui remontent à 1893 où nous stockons également notre cuvée 2013. Nous conservons des échantillons de chaque cuvée pour avoir un point de comparaison avec les années suivantes.

Les vendanges sont faites pour la moitié à la main et le reste avec des machines. Elles ont lieu 120 jours après la floraison entre Septembre et Octobre…» .

 

 

et au « Chant du ventre »….

  

Depuis, et même avant le Gargantua de François Rabelais, ce n’est un secret pour personne, la Sarthe est estampillée «Pays des rillettes» tout comme la Touraine.

En effet depuis l’Antiquité romaine et le Moyen âge, le porc est à la fête et ses «rilles» omniprésentes dans la littérature de Pline, de Rabelais qui évoque «la brune confiture de cochon» ou encore de Balzac. Au XIII ème siècle les porcs bretons vendus sur les marchés parisiens transitaient par Connérré dans la Sarthe. Le circuit du Mans, l’ancêtre de la course éponyme, passait par cette bourgade et les concurrents y faisaient une halte pour déguster des rillettes au comptoir d’un bistrot ou à la charcuterie d’Albert Lhuissier.

Avec la création des premières lignes ferroviaires entre le Mans et Paris, elles devinrent très vite la coqueluche de la capitale à la Belle Époque. Mais les saveurs évoluent et désormais les restaurateurs et pâtissiers sarthois proposent des variantes salé-sucré alliant la rillette au très bon vin de Jasnières et… au chocolat ! Non vous ne rêvez pas, on vous proposera très certainement du crumble de rillettes à la carte !

Chaque année a lieu le concours des meilleurs rillettes sarthoises à  Mamers dans le nord du département sous l’égide de la Confrérie des Chevaliers des rillettes sarthoises.

Seuls les professionnels des métiers de bouche y sont admis en prêtant serment:

«Par le feu, grâce à qui dans leur chaudron

benoîtement, mijotent les rilles de cochon

Par l’air où s’insinue vers tes narines de gourmet

des savoureuses viandes ,le délicat fumet…»

 

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Vincent Faucher et L’Asso’ce du Goût

 

Vincent est chef au restaurant le St Jacques à Thorigné-sur-Dué depuis 8 ans et est très actif dans la promotion gastronomique de la Sarthe. Il a créé avec six autres passionnés de terroir et de gastronomie, «l’asso’ce du goût»:

 

Vincent Faucher 

 

«Notre regroupement comprend aussi des cavistes, un charcutier, un chroniqueur gastronome, une libraire et quatre cuisiniers. Notre première action concrète a eu lieu en septembre l’année dernière au Mans avec les 24 heures cuisine. On a proposé avec une quarantaine de producteurs sarthois, du snacking en travaillant sur des tartines chaudes et froides, des éclairs salés. On va réitérer l’événement cette année. Tout a commencé avec une émission de radio qui a été enregistrée dans mon restaurant et durant laquelle j’ ai présenté de la poitrine de cochon que je cuisine pendant 7 heures et qui est confite, et puis on s’est dit pourquoi ne pas faire cuire des plats pendant 24 heures… deux ans après les 24 heures cuisine sont nées...».

 

 

Ici le porc Cénomans (du nom des premiers habitants de la cité Plantagenêt) a été intronisé «label rouge, porc fermier» en 1989. Tout comme les vins de pays de la Sarthe, il bénéficie d ‘une indication géographique protégée !

 

Poitrine de cochon confite 

 

 

La magie de la forêt et l’esprit faïence….

 

Du bois..

 

La forêt de Bercé  fait partie de l’ensemble plus vaste de la forêt des Carnutes (peuple le plus célèbre de la Gaule celtique) qui fut morcelée sous Jules César. On y trouve des arbres tricentenaires et le bois de ses chênes a longtemps servi à la fabrication des sabots. Colbert avait vu en ce domaine une occasion unique pour utiliser le bois à des fins de constructions navales.

Aujourd’hui le musée interactif Carnuta, maison de l’homme et de la forêt propose un parcours multimédia dans son espace de deux étages où l’on peut découvrir la forêt notamment a travers de contes et des boîtes sensorielles. Le Musée retrace à la fois une culture, une économie et une histoire avec un parcours dynamique et également des expositions temporaires.

 

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à l’argile…

 

La faïencerie de Malicorne est une institution, notamment pour la fabrication de sa vaisselle ajourée, ses fours à émaux et son spectaculaire art du tournage.

L’argile et son processus de préparation offrent des qualité imparables pour le façonnage des formes. Tour à tour extraite de carrières voisines de Malicorne, rendue liquide, filtrée puis malaxée, elle sera ensuite décantée dans de grands bassins. Devenue de la barbotine, elle sera versée dans des moules en plâtre puis stockée sous forme de pain d’argile durant deux ans en cave. C’est surtout le travail long et délicat de l’ajourage qui a contribué à la réputation de la faïencerie de Malicorne.

 

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Carnet Pratique

 

où bien manger:

 

Chez Miton 

Cuisine bistrot réalisée par Naoko et découverte des crus locaux.

Découvrir la marmite sarthoise accompagnée d’un verre de Jasnières

15 Place de l’église

72340 Chahaignes

Tel 02 43 44 62 62

 

*****

Restaurant Le Saint Jacques de Vincent Faucher

Place du Monument

72160 Thorigné-sur-Dué

Tel 02 43 89 95 50

 

******

où dormir:

 

Le Moulin Page

72500 Flée

www.lemoulinpage.com

Tel 02 43 46 16 98

 

*****

 

Hotel Particulier Le Montauban

17 Rue Montauban

72000 Le Mans

Tel 02 43 24 32 08

 

Hôtel Le Montauban 

*****

Déguster du Jasnières

 

Domaine de Cézin

Rue de Cézin-72340 Marçon

www.fresneau.fr

 

Déguster du Pineau d’Aunis

 

Domaine de la Roche bleue

La Roche 72340 Marçon

Tel 02 43 46 26 02

 

Domaine de la raderie

La Raderie 72340 Chahaignes

www.croisard-cave-raderie.fr

 

*****

Faïencerie d’Art de Malicorne

18 Rue Bernard Palissy

Malicorne-sur-Sarthe

www.faiencerie-malicorne.com

 

*****

Carnuta, Maison de l’ Homme et de la Forêt

2 Ruz Bourg ancien

72500 Jupilles

www.carnuta.fr

 

*****

Le Prieuré de Vaubouin

72340 Beaumont-sur-Dême

Tel 02 43 79 04 23

 

*****

Abbaye de l’Épau

Route de Changé

72530 Yvre l’Eveque

Tel:02 43 84 22 29

visites guidées les samedis& dimanches en Juillet-Août

 

*****

La Nuit des chimères

www.nuitdeschimeres.com

à la nuit tombée de Juillet à Août

 

*****

Y aller

 

En TGV :Paris-Le Mans -direct 54 mn.

En avion: Roissy CDG-Le Mans- direct  1h45.

En voiture:Paris-Le Mans  par l’A11-2h-208 km.

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A propos de l'auteur

Katherine Hibbs

Je suis une passionnée de l'image et de l'écriture. Photographe depuis plus de 30 ans d'abord dans la mode puis très vite dans le reportage et le domaine des expositions artistiques, j'ai exploré l'univers du film documentaire et de l'écriture. Je fais du journalisme depuis 10 ans comme pigiste et ai décidé de créer mon blog il y a un peu plus d'un an. Mon crédo: l'échange, l'écoute et le partage sans oublier la pratique des langues étrangères.. Si vous êtes gourmand, curieux, mélomane, et passionné, alors suivez mon itinéraire au fil des lieux...

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