20
Jan,2016

Qui a peur des femmes photographes ?

 

Vous aurez jusqu’à ce week-end pour aller voir une formidable rétrospective sur l’histoire de la photographie visitée par l’objectif des femmes. Qui a peur des femmes photographes est organisée en deux temps, des années 1839 à 1919 au Musée de l’ Orangerie, et la période 1918 à 1945 au Musée d’Orsay.

 

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Cette rétrospective confirme combien le monde masculin qui s’accaparait depuis longtemps l’exclusivité de certaines fonctions allait être confronté à une voie d’émancipation progressive de la femme, à travers la politique et l’accès à certains métiers, jusque là réservés exclusivement aux hommes. La photographie devait devenir un médium influent dans leur quotidien tant intime que public.

Des pionnières britanniques

Les prémices de cette nouvelle activité se traduiront par diverses expérimentations réservées à des femmes de milieux très aisés. Durant l’ ère victorienne, la princesse de Galles, épouse, d’Edouard VII s’adonnera aux photo collages, notamment pour décorer les albums de famille.
La Grande Bretagne était alors le berceau de cette pratique amateur, associée aux autres activités en vogue telles que le jardinage ou l’aquarelle. L’exploration chimique de la photographie se répandit également grâce au procédé du cyanotype ( négatif monochrome de couleur bleu de Prusse) à base de sels ferriques ( fixant l’ image) du chimiste et physicien John Herschel.

En 1853 les « Ladies » sont officiellement acceptées au sein de la Photographic society.
Mais toutes ces femmes reléguées au départ à des fonctions de laborantines ne viennent pas toutes de milieux favorisés ou veulent échapper au joug financier de leurs maris. Elles cherchent à assurer leurs propres revenus et deviennent portraitistes d’enfants, glorifiant ainsi les sentiments maternels et le charme de l’enfance ou encore mettant en scène des personnalités influentes de la société.
Julia Margaret Cameron sera une figure de proue en la matière, son approche sera notamment très influencée par la peinture préraphaelite.

 

Femmes photographes: Julia Cameron: Mrs herbert Duckworth©BNF-Paris

Place aux autoportraits et au photoreportage

C’est à partir des années 1920 qu’apparurent en France des questionnements identitaires liés au genre, la photographie commence alors à présenter des auto portraits , des personnages féminins travestis en hommes.

Femmes photographes:Frances Benjamin johnston: autoportrait en travestie vélocipédiste©Library of congress

 Femmes photographes: Margaret Bourke-White: self portrait with camera©LACMA

 

L’américaine Margaret Bourke-White, compagne du photographe Edward Weston, affirmera son identité professionnelle grâce à la réalisation de son autoportrait. Le temps de l’exploration identitaire a trouvé sa place se détachant des rôles traditionnellement réservés à la femme.On assiste à l’éclosion d’un genre photographique érotique avec des signatures d’artistes telles que Ruth Bernhard ou encore la danoise Mary Willumsen .

 

Femmes photographes:Ruth Bernhard: Embryo©Keith de Lellis gallery,NY

Dans les années 30 , le photoreportage sera l’expression d’une liberté quasi totale de la photographie avec l’émergence de contributions pour des magazines tels que Vogue ou Life Magazine. Germain Krull, figure de l’avant -garde s’installera à Paris en 1926 où elle commencera par la photo de mode dans le studio de Sonia Delaunay , son esprit rebel sera vite remarqué et elle intègrera l’Agence VU dès sa création en 1928 ,documentant la vie sociale et la condition féminine.La technique à main levée, permet au photographe de saisir des instantanés.

 

Désormais l’univers de la mode et de la publicité, sans oublier tous les symboles virils de la modernité seront accaparés par la femme-photographe: architecture, monde automobile;Il ne faudra pas oublier toutes celles qui apporteront leur contribution durant la seconde guerre mondiale.
Je tiens à saluer le courage de ces photographes d’hier et d’aujourd’hui qui ont lutté à leur façon pour leur idéal et leur conception la beauté, très souvent au prix de leur vie…

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Exposition Qui a peur des femmes photographes
Musée de l’Orangerie et Musée d’Orsay
jusqu’au 24 Janvier 2016

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A propos de l'auteur

Katherine Hibbs

Je suis une passionnée de l'image et de l'écriture. Photographe depuis plus de 30 ans d'abord dans la mode puis très vite dans le reportage et le domaine des expositions artistiques, j'ai exploré l'univers du film documentaire et de l'écriture. Je fais du journalisme depuis 10 ans comme pigiste et ai décidé de créer mon blog il y a un peu plus d'un an. Mon crédo: l'échange, l'écoute et le partage sans oublier la pratique des langues étrangères.. Si vous êtes gourmand, curieux, mélomane, et passionné, alors suivez mon itinéraire au fil des lieux...

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