22
Déc,2015

Bird watching au lac du Der

Pour mon anniversaire, j’ai eu envie aujourd’hui de partager une expérience formidable récemment vécue en Haute Marne : le bird watching au Lac du Der. Pardonnez cet anglicisme auquel je n’ai pas pu résister, origines yankee obligent ! J’ai été initiée à ce loisir très jeune par mon père qui a grandi dans une ferme du Missouri et connaît à peu près tous les noms d’oiseaux d’Amérique du nord ! C’est au mois de Novembre dernier, instant propice pour observer la migration de la grue cendrée, que je me suis rendue au lac du Der qui s’étend sur 4800 hectares soit la superficie de la ville de Reims.

 

2:Bird watching: grues cendrées©C.Tomasson

 

 

L’histoire du Lac

Ce lac artificiel a été construit pour parer aux inondations dévastatrices de la Seine subies successivement en 1910 et 1924 dans la région parisienne. C’est seulement après 10 ans de travaux gigantesques que cette cuvette artificielle a vu le jour en 1974 laissant un douloureux souvenir aux habitants des trois villages (Chantecoq, Champaubert-aux-bois et Nuisement-aux bois) qui furent détruits pour la mise en place de ce vaste projet. Un très beau livre témoignage de Serge Grafteaux raconte les événements vécus par Augustave Moyse, champenois et dernier maire du village de Chantecoq qui fut dépossédé comme tant d’autres de ses terres ensevelies sous les eaux.

 

1:bird watching:Lac du Der ©Hibbs

 

Une belle initiative a été prise par le Musée du Pays du Der, consistant à réimplanter l’église à pans de bois ainsi que le cimetière de Nuisement-aux-bois dans la commune de Sainte-Marie du Lac où est installé le village-musée. La maison du forgeron fut également déplacée aux côtés de l’église où elle avait initialement sa place. Ce charmant lieu de mémoire est à visiter pour y découvrir un intéressant film présentant l’histoire et la genèse du lac du Der, le plus grand lac artificiel d’Europe, mais aussi les métiers oubliés du terroir et les traditions paysannes qui y reprennent vie. Une immense maquette présente le patrimoine des bâtiments typiques de la Haute Marne qui pourra être complétée par un circuit guidé des églises à pans de bois de la région.

Bird watching/village musée du lac du Der©Hibbs

4:Bird watching:église d'Outine©DR

 

 

5:Bird watching: église à pans de bois de Châtillon -sur-Broué

 

 

Le niveau du lac varie entre été et hiver. De décembre à Juin il se remplit progressivement pour protéger les vallées des crues puis durant l’été jusqu’à la fin de l’automne, le lac rend à la rivière les eaux accumulées en hiver.

 

 

Un paradis pour les oiseaux migrateurs

310 espèces d’oiseaux sont à découvrir au fil des saisons sur le lac et ses environs composés d’étangs, d’espaces boisés et de prairies sans compter les mammifères ainsi que plus de 45 variétés de libellules. Nous nous trouvons sur le territoire de la Champagne humide (situé sur les départements des Ardennes, de la Marne, de la Haute-Marne et de l’Aube). Ici le sol est argileux constitué de strates de sable, de marne et de limon qui le rendent imperméable et dominé par la culture du maïs et des oléagineux.

 

6:Bird watching: migration©C.Tomasson

 

 

7:Bird watching:Ferme aux grues ©C.Tomasson

 

Le maïs est particulièrement apprécié des grues cendrées qui s’en nourrissent pour prendre des forces avec leurs petits et les préparer à leur première grande migration annuelle. Ce rituel a longtemps posé problème aux agriculteurs qui reçoivent une subvention annuelle de la région depuis 2004.

 

 

 

Le rôle primordial de la Ligue Protectrice des Oiseaux

L’association nationale créée par Allain Bougrain – Dubourg compte 45 000 adhérents bénévoles et 1000 adhérents sur la région Champagne Ardenne. La LPO a vu le jour il y a plus de 100 ans notamment avec la mobilisation contre la capture des macareux en Bretagne dans les années 1912.

 

8:Bird watching:Louis Magaud d'Aubusson 1er président  LPO 1912

 

Louis Magaud d’Aubusson fut le premier président de la LPO et mena inlassablement un combat pour neutraliser le massacre des macareux sur l’archipel des sept îles situé en face de Perros-Guerrec.
J’ai eu la chance d’observer juste avant le lever du jour les grues cendrées avec un guide de la LPO. Il m’a notamment expliqué comment distinguer le vol d’un cormoran et celui de la grue cendrée ! Ici les guides pratiquent la sensibilisation du public à cette espèce protégée notamment durant la fête de la grue ou encore à la ferme aux grues située à St-Rémy-en-Bouzemont où celles-ci sont nourries avec une tonne de maïs tous les 2-3 jours sur une parcelle à la mi-février.

 

9:Bird watching ©C.Tomasson

 

10:Bird watching:ferme aux grues ©Christine Tomasson

 

Les 200 bénévoles actifs de la LPO locale viennent en aide aux 15 salariés permanents pour compter et baguer les grues cendrées tous les dimanches entre Octobre et Mars. Cela permet d’établir l’effectif de cette population d’oiseaux et correspond à pas moins de 3000 connections par jour sur le site de la ligue. Une dizaine de grues ont pu être équipées de balises GPS ou d’émetteurs afin de suivre leurs mouvements migratoires.

 

 

La Migration

Les grues arrivent pour la plupart de Scandinavie, d’Allemagne du nord et de Pologne pour se rendre successivement en Champagne Ardenne, Aquitaine et Espagne.

 

11:Bird watching : lac du Der©C. Tomasson

Elles ont la faculté de parcourir une moyenne de 2000 kilomètres par jour et partent le matin, profitant des courants ascendants qui les aident à s’élever dans le ciel. Le moment le plus intense pour le public est sans aucun doute à la tombée du jour quand on entend des milliers de grues claironner dans le ciel. Ce merveilleux ballet choregraphié par la nature est unique en son genre et m’a rappelé le conte suédois que je ne me lassais pas de lire durant mon enfance « le merveilleux voyage de Nils Holgersson au pays des oies sauvages » !

 

 

Portrait de la grue cendrée

La grue cendrée, élégant volatile très longtemps chassé pour sa chair, a une envergure de 2 à 2 mètres 40 et peut peser entre 4 et 6 kilos. Sa taille égale celle du vautour soit 1 mètre 20 de hauteur. La queue de cet oiseau est en fait la terminaison des plumes de ses ailes. On distingue la famille des grues cendrées des autres espèces comme celle du Canada par une zone rouge située sur le sommet de son crâne où l’absence de plumes rend visible les vaisseaux sanguins de l’oiseau. Cette zone rouge s’agrandit de façon caractéristique chez le mâle notamment à la période des amours en février.

 

12:Bird watching:festival photo animalière©Vincent Munier: grue du Japon

 

 

 

Une édition 2015 remarquée du festival de photo animalière et de la nature

Le 19ème festival de la photo animalière et de la nature s’est achevé tout récemment à Montier-en-Der s’accordant au mouvement migratoire des grues! L’édition de cette année a mis le climat à l’honneur coïncidant avec la COP 21 qui s’en est suivie.

 

13:Bird watching: festival photo animalière©James Balog

Le photographe américain James Balog, fondateur et président de Earth Vision Institute & Extreme ice survey a notamment présenté une très belle série intitulée  Le Cristal : disparition des glaciers, changement climatique . James et son équipe ont investi des endroits parfois extrêmement isolés pour témoigner de l’état des glaciers, célébrant l’architecture de la glace métamorphosée par l’eau de mer, le soleil et les effet du temps qui passe.

 

14:Bird watching: festival photo animalière©Olivier Grunewald

 

Olivier Grunewald a été l’invité d’honneur français dans le cadre du thème sur la climatologie avec d’étonnants clichés sur des fleuves de magma en fusion se déversant dans des océans sans limites.
J’ai également été enthousiasmée par le travail de Vincent Munier qui a su figer la grâce d’une grue du Japon et partagé avec le public 6 années de travail en solitaire sur la faune de l’arctique. Un concours de photographie internationale  autour de la nature a été très apprécié du public au sein de l’abbatiale de Montier en Der.

Bird watching :Festival photo animalière: ©DR/concours abbatiale

Cette manifestation photographique a le mérite de nous faire prendre conscience de la beauté souvent cachée aux confins de la terre et à nous responsabiliser pour sa préservation, merci aux photographes amateurs et professionnels sans oublier les organisateurs !

 

Guide Pratique:

A lire :
Augustave Moyse, Champenois
de Serge Grafteaux
Edition Dominique Guéniot

 

15: bird watching: Le Champenois

Arctique – photographies de Vincent Munier -Editions Kobalaan

*****

Ligue protectrice des oiseaux :
LPO Champagne Ardennes.
Der Nature-Ferme des Grands Parts D13
51290 Outines
www.champagne-ardenne@lpo.fr

*****

Où loger et se restaurer :
Auberge et chambres d’hôtes du Gros Chêne
1 rue du Chêne
52220 Frampas
www.auberge-frampas.fr
www.chambres.frampas@gmail.com

*****

Visiter :
Lac du der
www.lacduder.com

Village Musée du Der
www.villagemuseeduder@orange.fr
Tel 03 26 41 01 02

Festival de la photo animalière et de la nature
www.festiphoto-montier.org

*****

Remerciements
Maison Départementale du Tourisme de la Haute Marne
www.tourisme-hautemarne.com

Rendez-vous sur Hellocoton !
[Total : 2    Moyenne : 3/5]
Bird watching au lac du DerEcris parKatherine HibbsMoyenne des votes3/5 - 2evaluations visiteur



A propos de l'auteur

Katherine Hibbs

Je suis une passionnée de l'image et de l'écriture. Photographe depuis plus de 30 ans d'abord dans la mode puis très vite dans le reportage et le domaine des expositions artistiques, j'ai exploré l'univers du film documentaire et de l'écriture. Je fais du journalisme depuis 10 ans comme pigiste et ai décidé de créer mon blog il y a un peu plus d'un an. Mon crédo: l'échange, l'écoute et le partage sans oublier la pratique des langues étrangères.. Si vous êtes gourmand, curieux, mélomane, et passionné, alors suivez mon itinéraire au fil des lieux...

Laisser un commentaire